WHY-CHROMOSOME


CHARLOTTE PÉRIN

JANUARY 23 - 25 

THE BIR

BIRMINGHAMSTRAAT 57, MOLENBEEK-SAINT-JEAN






English version




D’une rame de métro bondée à la rue de Birmingham, large et vide. 

Dans l’espace BIR, des tableaux de grand format 
où s’étale un certain type de chromosome XY. 

Des individus heureux d’être et de prendre de l’espace, 
y compris celui que leur offre Charlotte Périn sur ses toiles. 

Une attitude décomplexée 
qui se retrouve dans la virtuosité des surfaces peintes. 
Les couleurs se répandent en mouvements aussi fluides 
que des adolescents sur une trottinette électrique.

Spontanéité joyeuse de ce jeune homme 
tirant sa grande langue baveuse. 
Plan rapproché de l’artiste pour recadrer les individus, 
mais j’ai l’impression qu’ils s’en foutent. 
Dans la fente laissée entre les sièges oranges XL du métro, 
XY continue d’agiter sa langue.

Qui comprime ? Qui compresse ? 

Est-ce l’artiste qui cadre, 
ou est-ce XY qui revient mettre 
un dernier coup de salive sur la peinture ? 

Il y a négociation.

Mais pas pour ces deux femmes qui entourent un individu,
assis, jambes écartées, dans le métro. 
Leurs corps s’adaptent à l’espace résiduel, 
forment un cadre dans le cadre, soulignant la présence masculine. 
On sent l’assurance de l’homme, les pieds ancrés dans le sol, 
mais aussi la détermination de Charlotte Périn. 
Comme si, de cet aplomb malsain, naissait paradoxalement,
pour l’artiste, l’énergie de s’affirmer.

Une énergie et une aisance qui font écho à la fresque géante 
de l’artiste Chéri Samba,

Porte de Namur, Porte de l’Amour ?
12 m sur 15, à l’entrée du quartier Matonge. 

Une occupation ample et panafricaine de l’espace public, 
à travers des images et des textes. 
Le retour de la fresque était annoncé pour l’été 2025, 
après restauration, mais elle n’est toujours pas là.

Elle manque.

Cette dynanmique spatiale résonne aussi dans l’œuvre d’Anna Raimondo,
Encouragements, dont j’ai parlé dans un texte précédent. 
Son travail s’est enrichi récemment de
Q(ee)R Codes – New Boundaries BXL 1000
où, à travers des codes QR placés sur les pavés bruxellois, 
on peut écouter des témoignages de personnes trans, queer et non binaires. 

Enfin, je me souviens du poster LAISSE LES FILLES TRANQUILLES,
à l’entrée de LUCA School of Arts. 
Une phrase portée par un collectif
qui colle des messages anti-patriarcat dans l’espace public 
à la façon, du moins dans la forme, de Jenny Holzer et de ses Inflammatory Essays.

Autant de stratégies pour inverser les dynamiques de domination. 

Mais parfois, cette inversion commence 
par son propre inconscient et dans la sphère intime. 

J’ai une tendresse particulière pour l’oeuvre d’Anna Oppermann. 
Je pense notamment à une série des années 70, 
où elle introduit des bouts d’elle-même dans ses dessins : 
ses cuisses, ses jambes, ses pieds, son dos, 
quelque chose qui ressemble à des organes intérieurs. 

Jamais son être dans sa totalité, ni son visage. 
Un peu comme si elle se glissait dans le cadre de la porte, 
ou comme si elle déplaçait progressivement l’objectif  
pour s’inclure tout en tenant l’appareil.

Ou comment, dans l’espace,
public ou pictural, collectif ou intime,
quelque chose se négocie. 
Entre amplitude et compression,  

Cadrer, occuper, s’étaler, se glisser.