NINA LAISNÉ, FRANÇOIS CHAIGNAUD & NADIA LARCHER
4 AVRIL
CHARLEROI DANSE
Si comme moi vous vous demandez ce qu'il est advenu du Spectre de la Rose après son grand jeté par la fenêtre, Último helecho apporte un début de réponse.
La réception est éludée. On la suppose maladroite. C'est une rose tout à fait matérielle que l'on retrouve, calotte effeuillée et corps endolori. Elle se meut à l'aide d'un bâton presque aussi noueux que les membres qu'il soutient, et c'est de haute lutte – mais avec style – qu'elle conquiert la position verticale.
Une lumière pas tout à fait céleste, réfléchie, dévoile une seconde créature assoupie. D'abord son dos et ce qu'il convient d'appeler une paire de fesses. Une deuxième rose est à présent éveillée, si l'on souhaite conserver la filiation ballétique. Ensemble elles se passent volontiers de la jeune fille endormie (probablement victime d'apnée du sommeil). Elles lui préfèrent une bande de musicien.ne.s ambulant.e.s envoyée par la Providence dans cet étrange décor géologique. Le terme ambulant n'est pas employé à la légère. Dans ma vie de spectateur je n'ai que rarement vu musicien.ne.s se mouvoir avec autant d'aisance sur une scène. La prouesse est d'autant plus remarquable que les instruments manipulés excèdent par la taille et les moyens de préhension ce qu'une fanfare autoriserait en mobilité. Les noms mêmes des instruments réjouissent : sacqueboute, wacrapaco, bandonéon, théorbe, serpent, sachaguitarra. Ils témoignent d'un luxe simple que l'on fantasme à l'endroit d'un ensemble musical itinérant. Le luxe tout à fait concret de la production, des coproductions et autres partenaires est également manifeste. Cependant, on ressort du spectacle heureux de constater que les moyens nécessaires à la matérialisation d'un objet chorégraphique et musical si singulier puissent être alloués. Il se trouve des personnes suffisamment animées pour convaincre de cette nécessité, et d'autres suffisamment courageuses pour en accompagner le désir.
Quid de la danse ? Elle est plurielle et il sied de parler de danses. De même qu'à l'époque du ballet de cour chaque danse s'accompagnait d'une musique éponyme, il y a dans Último helecho une grande proximité dans le déploiement des deux. De cette proximité naît le jeu entre danseur.euse.s/chanteur.euse.s et musicien.nes, et la joie de cette complicité est contagieuse.
Il me reste de l'enfance un lointain souvenir de classe verte. La magie de trouver sous les frondes de fougères des centaines de petits spores bruns. Je suppose qu'ils s'accrochent au pelage des animaux fureteurs ou aux chaussettes en laine d'un vague bipède égaré. Ils seront disséminés. Espérons que cet Último helecho aura lui aussi déposé quelques spores dont nous observerons la pousse au printemps prochain.
Cyriaque Villemaux